Un enfant diabétique de type 1 qui fait des hypoglycémies que rien n’explique, dont la courbe de croissance ralentit, ou qui est simplement fatigué : le diabétologue demande une prise de sang, et la réponse est une seconde maladie auto-immune, la maladie cœliaque, sans qu’il ait jamais eu mal au ventre. C’est un scénario fréquent, prévu par les protocoles, et qui se gère — à condition de savoir ce que les deux maladies se font l’une à l’autre.
Pourquoi les deux vont ensemble
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune : le système immunitaire détruit les cellules du pancréas qui produisent l’insuline. La maladie cœliaque en est une autre, dirigée contre l’intestin, déclenchée par le gluten. Elles partagent un terrain génétique — les gènes HLA-DQ2 et DQ8, présents chez la quasi-totalité des cœliaques et très fréquents chez les diabétiques de type 1 — et le même dérèglement de fond, comme la thyroïde.
Le résultat est net : 5 à 8 % des personnes atteintes de diabète de type 1 ont aussi une maladie cœliaque, soit près de dix fois la fréquence générale. Dans la plupart des cas, le diabète est diagnostiqué en premier, et la maladie cœliaque est silencieuse : pas de symptôme digestif, ou des signes discrets mis sur le compte du diabète. Elle n’est trouvée que parce qu’on la cherche.
Le dépistage : quand, comment
C’est pourquoi les recommandations pédiatriques et diabétologiques prévoient un dépistage systématique :
- Au diagnostic du diabète, une prise de sang recherchant les anticorps anti-transglutaminase IgA, avec un dosage des IgA totales.
- Puis régulièrement pendant l’enfance et l’adolescence — tous les un à deux ans dans la plupart des protocoles, ou dès qu’un signe apparaît : hypoglycémies inexpliquées, croissance ralentie, retard pubertaire, anémie, troubles digestifs, fatigue.
- Chez l’adulte diabétique de type 1, le dépistage se fait selon les symptômes.
Une prise de sang positive conduit à la biopsie, comme pour tout diagnostic, en continuant à manger du gluten jusque-là. Chez l’enfant, dans certaines conditions d’anticorps très élevés, les protocoles pédiatriques européens permettent parfois de se passer de biopsie.
Ce que le régime sans gluten change à la glycémie
C’est le point que les familles découvrent, et qu’il vaut mieux anticiper. Le régime sans gluten modifie la glycémie dans les deux sens.
Au début, l’absorption s’améliore. Un intestin cœliaque abîmé absorbe mal les glucides ; c’est l’une des causes des hypoglycémies inexpliquées. Quand la muqueuse cicatrise (en quelques mois chez l’enfant), les glucides passent mieux, les hypoglycémies diminuent, et les besoins en insuline peuvent augmenter. Un suivi rapproché des glycémies dans les premiers mois est nécessaire, avec ajustement des doses par l’équipe de diabétologie.
Ensuite, les aliments changent. Les produits transformés « sans gluten » — pain, pâtes, biscuits — ont souvent un index glycémique plus élevé (amidons de riz, de maïs, de tapioca), plus de sucres et de graisses, et moins de fibres que leurs équivalents au blé. Le comptage des glucides doit être refait pour chaque produit, et les glycémies après repas surveillées. Ce n’est pas un obstacle ; c’est une réapprentissage, où le diététicien de l’équipe est précieux. Les aliments naturellement sans gluten — légumineuses, riz complet, quinoa, sarrasin, pommes de terre, légumes — sont souvent une meilleure base que les substituts, pour le budget aussi.
Au début
L'absorption s'améliore
- Les hypoglycémies inexpliquées diminuent
- Les besoins en insuline peuvent augmenter
- Glycémies suivies de près, doses ajustées par l'équipe
Ensuite
Les aliments changent
- Substituts à index glycémique souvent plus élevé
- Plus de sucres et de graisses, moins de fibres
- Comptage des glucides à refaire pour chaque produit
Le quotidien avec les deux
Quelques points concrets, tirés de ce que vivent les familles :
- Le resucrage. Comprimés de glucose, jus, sucre, miel, boissons sucrées sont sans gluten ; les biscuits et barres de resucrage doivent être vérifiés et prévus en version sans gluten, dans chaque sac, à l’école, dans la voiture. Le scanner lit la liste en une seconde.
- L’école. Le PAI existe déjà pour le diabète ; il s’étend au régime sans gluten dans le même document, cantine et goûters compris.
- L’insuline et les stylos ne contiennent pas de gluten. Les autres médicaments se lisent sur la notice.
- La double restriction pèse, surtout à l’adolescence. Un adolescent qui gère déjà son diabète et à qui l’on retire le pain a besoin d’un accompagnement, pas seulement d’une liste d’interdits. Les équipes de diabétologie pédiatrique ont l’habitude ; il faut le leur dire quand ça pèse.
- Le régime en vaut la peine, même sans symptôme : chez un diabétique de type 1, la maladie cœliaque non traitée est associée à un moins bon contrôle glycémique, à des hypoglycémies, à un retard de croissance et à des complications à long terme. Le régime les corrige.
En résumé
- 5 à 8 % des diabétiques de type 1 ont une maladie cœliaque, le plus souvent silencieuse.
- Dépistage par prise de sang au diagnostic du diabète, puis régulièrement, et dès un signe : hypoglycémies inexpliquées, croissance ralentie, anémie.
- Le régime améliore l’absorption des glucides (besoins en insuline en hausse au début) et change les aliments (index glycémique des substituts) : glycémies à surveiller de près les premiers mois.
- Resucrage sans gluten à prévoir partout ; PAI commun ; accompagnement de la double restriction.
- Le régime améliore le contrôle du diabète ; il en vaut la peine même sans symptôme.
Sources
- Elfström P., Sundström J., Ludvigsson J. F. Systematic review with meta-analysis : associations between coeliac disease and type 1 diabetes. Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 2014 ; 40(10) : 1123-1132. Prévalence poolée de la maladie cœliaque chez les diabétiques de type 1 : environ 6 %.
- Fröhlich-Reiterer E. et coll. ISPAD Clinical Practice Consensus Guidelines 2022 : Other complications and associated conditions in children and adolescents with type 1 diabetes. Pediatric Diabetes, 2022 ; 23(7) : 1451-1467. Calendrier de dépistage de la maladie cœliaque chez l’enfant diabétique.
- American Diabetes Association, Standards of Care in Diabetes, section « Children and Adolescents », édition annuelle : dépistage de la maladie cœliaque au diagnostic du diabète puis à intervalles réguliers.
- Al-Toma A. et coll. ESsCD guideline for coeliac disease and other gluten-related disorders. United European Gastroenterology Journal, 2019 ; 7(5) : 583-613.
- Husby S. et coll. European Society Paediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition guidelines for diagnosing coeliac disease 2020. Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition, 2020 ; 70(1) : 141-156. Conditions du diagnostic sans biopsie chez l’enfant.
Ces informations ne remplacent pas un avis médical. L'adaptation des doses d'insuline et du comptage des glucides au début du régime sans gluten se fait avec l'équipe de diabétologie : ne modifiez pas un schéma d'insuline de vous-même.