On découvre souvent la seconde après la première. Une personne cœliaque, quelques années après le diagnostic, se plaint d’une fatigue qui ne s’explique pas par le régime ; ou une personne sous lévothyroxine depuis longtemps apprend qu’elle est cœliaque après une anémie. Les deux maladies vont ensemble bien plus souvent que le hasard, et le savoir change deux choses : le dépistage, et la dose du traitement thyroïdien.

Deux maladies, un même terrain

La maladie cœliaque est une maladie auto-immune : le système immunitaire, déclenché par le gluten, attaque la paroi de l’intestin. La thyroïdite de Hashimoto en est une autre : le système immunitaire attaque la thyroïde, qui finit par produire trop peu d’hormones (hypothyroïdie). La maladie de Basedow, plus rare, est son miroir : la thyroïde s’emballe (hyperthyroïdie).

Ces maladies partagent un terrain génétique — les gènes HLA-DQ2 et DQ8 dont nous parlons ici, et d’autres gènes de régulation immunitaire — et un même type de dérèglement. Avoir l’une augmente le risque d’avoir l’autre. Les études convergent : les atteintes thyroïdiennes auto-immunes sont trois à quatre fois plus fréquentes chez les personnes cœliaques, et touchent environ une sur dix au cours de la vie. Dans l’autre sens, la maladie cœliaque est plusieurs fois plus fréquente chez les personnes atteintes de Hashimoto que dans la population générale.

Un facteur supplémentaire est discuté : l’inflammation intestinale non traitée pourrait favoriser l’apparition d’autres maladies auto-immunes. C’est l’un des arguments pour un régime sans gluten strict, même sans symptôme digestif.

Les signes qui doivent faire penser à la thyroïde

Ils sont trompeurs, parce qu’ils ressemblent à ceux d’un régime mal suivi ou d’une carence :

  • Hypothyroïdie (Hashimoto) : fatigue persistante, prise de poids sans changement d’alimentation, frilosité, peau sèche, cheveux qui tombent, constipation, ralentissement, humeur basse, cycles irréguliers.
  • Hyperthyroïdie (Basedow) : nervosité, palpitations, amaigrissement malgré l’appétit, tremblements, transpiration, diarrhée, insomnie.

Une personne cœliaque bien suivie qui reste fatiguée malgré des anticorps normaux et un bilan de carences correct a de bonnes raisons de faire doser sa TSH. L’anémie et la thyroïde sont les deux premières choses à regarder devant une fatigue inexpliquée.

Ce que ça change pour le dépistage

Les recommandations sont simples :

  • Au diagnostic de la maladie cœliaque, un dosage de la TSH (l’hormone qui pilote la thyroïde) fait partie du bilan initial dans la plupart des protocoles, avec les carences.
  • Ensuite, un contrôle régulier, tous les un à deux ans selon les équipes, ou dès qu’un signe apparaît. La thyroïdite peut se déclarer des années après.
  • Dans l’autre sens, une personne atteinte de thyroïdite auto-immune qui présente des symptômes digestifs, une anémie, une ostéoporose ou une fatigue inexpliquée peut être dépistée pour la maladie cœliaque, par prise de sang — en mangeant du gluten, comme toujours pour ce test.

Le dépistage n’est pas systématique partout dans le sens thyroïde → cœliaque ; il se discute avec le médecin selon les symptômes.

Le régime sans gluten et la dose de lévothyroxine

C’est le point pratique le plus important, et le moins connu. La lévothyroxine, le traitement de l’hypothyroïdie, s’absorbe dans l’intestin grêle. Un intestin cœliaque abîmé l’absorbe mal : certaines personnes ont besoin de doses inhabituellement élevées, ou ont une TSH qui refuse de se stabiliser, avant que la maladie cœliaque ne soit découverte.

Quand le régime sans gluten commence et que la muqueuse cicatrise (les délais sont ici), l’absorption s’améliore — et une dose qui convenait devient trop forte. C’est pourquoi la TSH doit être contrôlée dans les mois qui suivent le début du régime, et la dose ajustée si besoin. Le médecin le sait en général ; il vaut mieux le lui rappeler.

Deux détails de pharmacie : la lévothyroxine se prend à jeun, à distance du fer et du calcium, qui gênent son absorption — et les personnes cœliaques prennent souvent les deux. Et les comprimés contiennent parfois du lactose, rarement de l’amidon de blé ; la notice le dit.

Sous lévothyroxine, le début du régime sans gluten peut rendre une dose qui convenait trop forte : l’intestin qui cicatrise l’absorbe mieux. Faites contrôler la TSH dans les mois qui suivent, et ne modifiez jamais la dose vous-même.

Le régime sans gluten « soigne-t-il » la thyroïde ?

C’est une question fréquente, et la réponse honnête est nuancée. Chez une personne cœliaque, le régime strict est indispensable, et certaines études suggèrent qu’il freine l’évolution de la thyroïdite associée ; les données ne sont pas définitives. Chez une personne atteinte de Hashimoto sans maladie cœliaque, rien ne démontre qu’un régime sans gluten améliore la thyroïde ; il ne se recommande pas sans diagnostic, pour les raisons que nous expliquons ailleurs.

En résumé

  • Les maladies thyroïdiennes auto-immunes sont trois à quatre fois plus fréquentes chez les cœliaques : environ une personne sur dix.
  • Terrain génétique et immunitaire commun ; l’inflammation non traitée pourrait jouer.
  • TSH au diagnostic, puis régulièrement ; dépistage cœliaque chez les Hashimoto avec symptômes.
  • Le régime améliore l’absorption de la lévothyroxine : la dose peut devoir baisser. Contrôler la TSH après le début du régime.
  • Fatigue inexpliquée chez un cœliaque suivi : regarder le fer, puis la thyroïde.

Sources

  • Elfström P., Montgomery S. M., Kämpe O., Ekbom A., Ludvigsson J. F. Risk of thyroid disease in individuals with celiac disease. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2008 ; 93(10) : 3915-3921. Cohorte suédoise de 14 000 patients cœliaques : risque de thyroïdite auto-immune multiplié par trois à quatre.
  • Sategna-Guidetti C. et coll. Prevalence of thyroid disorders in untreated adult celiac disease patients and effect of gluten withdrawal. American Journal of Gastroenterology, 2001 ; 96(3) : 751-757.
  • Al-Toma A. et coll. European Society for the Study of Coeliac Disease (ESsCD) guideline for coeliac disease and other gluten-related disorders. United European Gastroenterology Journal, 2019 ; 7(5) : 583-613. Recommandations de suivi, dont le dosage de la TSH au diagnostic.
  • NICE (Royaume-Uni), Coeliac disease : recognition, assessment and management, guideline NG20, 2015 : proposer un dépistage de la maladie cœliaque aux personnes atteintes de thyroïdite auto-immune.
  • Assurance maladie, Intolérance au gluten (maladie cœliaque), ameli.fr, dossier patient.

Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Le suivi de la thyroïde et l'ajustement de la lévothyroxine se font avec votre médecin ou votre endocrinologue : ne modifiez jamais une dose de vous-même.